Héros national, Patrice Lumumba renaît grâce à Michel Kuka Mboladinga.
En ce début d’année 2026, les regards des supporters du monde entier se tournent vers l’Afrique. La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) bat son plein, captivant des millions malgré les crises mondiales.
L’année a mal démarré avec l’enlèvement du président vénézuélien par les États-Unis, en violation du droit international, et les génocides qui perdurent en Afrique et à Gaza. Sur les réseaux sociaux, certains commentaires haineux contre l’équipe algérienne déversent un racisme nauséabond. Mais ce ne sont pas ces débats stériles qui nous intéressent, mais ce qui s’est passé lors du match Algérie-République démocratique du Congo (RDC), le 6 janvier 2026.
C’est la prestation immobile et puissante du supporter congolais, Michel Kuka Mboladinga. Depuis 2013, à chaque rencontre de la RDC, cet artiste reste figé pendant les 90 minutes du match, bras droit levé, paume ouverte vers le ciel, reproduisant fidèlement la posture de la statue de Patrice Lumumba au mausolée de Kinshasa. Vêtu en « sapeur » impeccable, il arbore des costumes éclatants aux couleurs du drapeau national (bleu ciel, jaune et rouge), des lunettes rétro et une coiffure soignée. Cette performance fusionne l’art de rue, la ferveur footballistique et la mémoire anticoloniale, transformant les tribunes en scène vivante d’hommage historique.
Il est surnommé « Petit-fils de Lumumba » ou « Lumumba Vea » (Vea évoquant la « vue » ou la « vision »), il incarne la continuité d’un esprit indomptable. Au milieu de l’ébullition des supporters, sa statue humaine témoigne de persévérance et de dignité, reliant la passion du foot à la lutte anticolonialiste.
Patrice Émery Lumumba, né le 2 juillet 1925 en RDC, grandit sous le joug du Congo belge. Ce territoire, possession personnelle du roi Léopold II dès 1885, est marqué par une exploitation du caoutchouc ensanglantée, il y a eu des millions de morts, jusqu’à son transfert à l’État belge en 1908. Le Congo devint colonie d’État, la Belgique impose un régime raciste, paternaliste et autoritaire. L’éducation pour les congolais se limitait aux métiers subalternes. Il n’y a pas d’universités au Congo avant 1954. La répression était féroce contre les dissidents.
Des réformes timides en 1957 (loi-cadre autorisant syndicats et partis) ouvrent la voie, mais Patrice Lumumba radicalise sa posture après l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958. Horrifié par le pavillon congolais glorifiant la « mission civilisatrice » belge, il fonde le Mouvement national congolais (MNC) pour un Congo uni, indépendant et panafricain, rompant avec les élites modérées pro-coloniales.
Il est arrêté en octobre 1959 pour « incitation à la sécession » lors d’un meeting où il demande une indépendance immédiate, il est condamné à 12 mois de prison, puis libéré pour participer aux Tables rondes belgo-congolaises de 1960.
Le MNC remporte les élections législatives, et Patrice Lumumba devient Premier ministre le 30 juin 1960, aux côtés du président Joseph Kasa-Vubu. Lors de son discours d’indépendance, face au roi Baudouin vantant un « siècle de bonnes relations », Patrice Lumumba rappele les 80 ans d’humiliations et d’exploitation, électrisant les foules et choquant la Belgique.
À l’indépendance, des affrontements éclatent. L’Armée nationale congolaise et les provinces du Katanga, riches en minerais, font sécession, soutenues par des Belges et l’Union minière du Haut-Katanga. Patrice Lumumba en appele à l’ONU puis à l’URSS, provoquant sa destitution par Kasa-Vubu et le coup d’État de Joseph Mobutu, soutenu par la CIA et la Belgique, en septembre 1960.
Arrêté et torturé, il est transféré au Katanga sécessionniste. Le 17 janvier 1961, il y a 65 ans, à Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi), Patrice Lumumba est exécuté avec deux ministres, Maurice Mpolo et Joseph Okito, par des soldats katangais sous les ordres des Belges, dont le lieutenant Louis Marlière. Son corps est ensuite dissous dans l’acide.
Dans la RDC post-indépendance, Patrice Lumumba demeure un héros national, symbole de la souveraineté face au néocolonialisme. Par sa posture immobile, Michel Kuka Mboladinga le ressuscite dans les stades. Un rappel que le Congo se souvient, résiste et unit son peuple autour de la mémoire anticoloniale. Dans un monde où l’impérialisme persiste, cet hommage footballistique devient une victoire symbolique pour la dignité africaine.
https://www.facebook.com/watch/?v=1854738941847994
https://www.youtube.com/watch?v=5n535WJA1eU