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Racisme structurel

Racisme structurel

Le racisme ne se limite pas à des comportements individuels, il s’inscrit dans des dynamiques institutionnelles et historiques qui perpétuent des inégalités systématiques. En France, le racisme structurel trouve ses racines dans deux systèmes majeurs, l’esclavage transatlantique et la colonisation. Loin d’appartenir au passé, ces processus ont façonné durablement les structures sociales, économiques et symboliques.

L’organisation du monde colonial repose sur une idéologie de supériorité raciale. La Conférence de Berlin (1884‑1885) légalise le partage de l’Afrique et institue un cadre d’occupation territoriale qui légitime la domination économique et militaire des puissances européennes.

En France, le Code de l’indigénat (1881) officialise la distinction entre citoyens et «  sujets  » coloniaux, privés de droits politiques et soumis à des sanctions arbitraires. Ce régime d’exception, appliqué à toutes les colonies, crée un dualisme juridique durable.

Parallèlement, le Code noir (1685) inscrit la déshumanisation des esclaves africains dans la loi en les réduisant à l’état de biens meubles. La traite négrière transatlantique, qui a concerné environ quatre millions d’Africains sous domination française, enrichit les ports européens tout en forgeant des stéréotypes raciaux visant à justifier l’exploitation. Ces dispositifs ne sont pas seulement économiques  : ils produisent une culture politique de l’infériorisation, où le colonisé ou l’esclave est construit comme «  autre  ».

Comme l’analyse Frantz Fanon, ce système engendre une double aliénation, le colonisé intériorise son infériorité imposée, tandis que le colon développe un complexe de supériorité. Ces schémas mentaux, issus du pouvoir colonial, continuent d’imprégner les sociétés postcoloniales.

Bien que la loi Taubira (2001) ait reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité, les mécanismes de domination se traduisent encore aujourd’hui dans diverses pratiques institutionnelles. Les contrôles d’identité au faciès, les discriminations à l’embauche, ou encore l’islamophobie témoignent de la perpétuation d’un regard « racialisant ». L’État français, au nom du principe républicain d’égalité, refuse la collecte de statistiques ethniques, rendant difficile la mesure précise des inégalités raciales.

Les conséquences de ce déni sont profondes, l’absence de reconnaissance empêche la mise en œuvre de politiques publiques efficaces. De plus, certaines lois sur la laïcité, comme celles de 2004 et 2021, ciblent implicitement les populations musulmanes et réactivent les stéréotypes coloniaux sur l’«  indigène  » supposé incapable de s’assimiler. Dans le champ symbolique, la persistance de monuments coloniaux et la marginalisation des mémoires de l’esclavage et de la colonisation nourrissent une mémoire sélective du passé. Comme le souligne la Fondation Lilian Thuram, l’école républicaine a un rôle crucial à jouer dans la réécriture d’un récit national plus inclusif.

Ainsi, le racisme structurel ne repose pas uniquement sur des préjugés individuels  ; il s’exprime aussi par des structures d’exclusion et de surveillance héritées du système colonial, où le corps racialisé demeure perçu comme une menace.

Le racisme structurel en France est l’héritage d’un passé esclavagiste et colonial qui a façonné durablement les institutions et les représentations collectives. Rompre avec ces logiques suppose une double transformation, d’une part, intégrer la mémoire coloniale et esclavagiste dans la culture et l’enseignement, pour reconnaître pleinement l’histoire plurielle de la nation ; d’autre part, réformer les pratiques institutionnelles (policières, éducatives, judiciaires) pour garantir une égalité réelle.
Seule une prise de conscience collective de ces continuités permettra de construire une société véritablement postcoloniale.

Mise à jour :mardi 24 février 2026
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