Les voltigeurs ou « pelotons voltigeurs motocyclistes » ont été créés au début des années 1970 sous l’impulsion de Raymond Marcellin, qui occupait des fonctions au sein du régime de Vichy, ministre de l’Intérieur de 1968 à 1974. Il est connu pour sa volonté de restaurer « l’ordre républicain » après les événements de Mai 1968. Raymond Marcellin est marqué par une forte méfiance envers les mouvements contestataires, étudiants, syndicaux ou révolutionnaires. Dans ce contexte, il met en place des unités spécialement formées pour réprimer les attroupements et disperser rapidement les manifestants.
Ces voltigeurs étaient des duos de policiers à moto, dont un pilotait tandis que l’autre, debout à l’arrière, utilisait une matraque pour frapper ou intimider. Leur mission consistait à intervenir en fin de manifestation, ciblant ceux considérés comme « casseurs ». Leur méthode brutale suscita rapidement la polémique, illustrant une conception très offensive du maintien de l’ordre.
Le 6 décembre 1986, à Paris, lors des manifestations étudiantes contre la loi Devaquet, Malik Oussekine, un jeune homme de 22 ans sans lien direct avec la mobilisation, est battu à mort par trois voltigeurs. Ce drame provoque une immense émotion en France et entraîne la dissolution immédiate de la brigade par le ministre de l’Intérieur de l’époque Charles Pasqua.
La mort de Malik Oussekine devient un symbole des violences policières et reste profondément gravée dans la mémoire collective. Elle marque un tournant, depuis lors, toute forme de police motorisée ou perçue comme trop agressive renvoie inévitablement à ce traumatisme.
Créée en 2019, la Brigade de répression de l’action violente motorisée (BRAV-M) reprend le principe du binôme motocycliste. Officiellement, sa mission est d’intervenir rapidement pour disperser les groupes violents lors des manifestations. Cependant, de nombreuses vidéos et témoignages ont dénoncé des interventions brutales, rappelant les méthodes des anciennes brigades de voltigeurs.
Cette continuité symbolique alimente les critiques politiques et sociales, beaucoup voient dans la BRAV-M, un héritage des pratiques autoritaires d’un État cherchant à réprimer plutôt qu’à dialoguer. Une pétition citoyenne, signée par des dizaines de milliers de personnes, a même été déposée à l’Assemblée nationale pour réclamer sa dissolution, en invoquant explicitement la mémoire de Malik Oussekine.
Dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, le préfet de police de Paris Michel Delpuech crée, le 8 décembre 2018 les DAR (Détachement d’Action Rapide) équipés de LBD, dans le but d’interpeller les « casseurs ». Le groupe est composé de policiers à pied chargés d’aller au contact des « groupes violents » et de les interpeller. On leur reproche de faire du maintien de l’ordre, alors que ça ne fait pas partie de leur mission.
Début 2019 la brigade de répression de l’action violente motorisée (BRAV-M) remplace les DAR.
La Brav-M, comme les voltigeurs est une unité agressive, leur technique de maintien de l’ordre fait polémique parce qu’ils ont pour mission d’aller à l’affrontement. Une pétition de milliers de signataires réclame à l’Assemblée Nationale la dissolution de cette brigade. “Son mode d’intervention évoque le souvenir des voltigeurs, des duos de policiers montés sur une moto pour disperser les manifestants, brigade dissoute en 1986 après l’assassinat de Malik Oussekine, roué de coups par trois voltigeurs en marge de contestations étudiantes”.
L’existence de la BRAV-M illustre un dilemme récurrent dans la gestion du maintien de l’ordre en France : comment concilier efficacité policière et respect des droits fondamentaux ?
Pour beaucoup, la persistance de ces unités motorisées traduit une continuité historique dans la culture répressive de l’État face à la contestation sociale.
En somme, des voltigeurs des années 1970 à la BRAV-M d’aujourd’hui, c’est toute une histoire de la violence policière institutionnelle qui se dessine, une histoire marquée par des drames, des peurs et des exigences toujours renouvelées de justice et de réforme.