Crimes racistes

Malik Oussekine

Au mois de décembre 1986, la France est secouée par des violences policières qui marqueront durablement son histoire politique et sociale, la mort de Malik Oussekine, un étudiant de 22 ans, battu à mort par des policiers à la suite d’une manifestation contre la loi Devaquet.

Ce crime, survenu en pleine contestation étudiante, symbolise la dérive de la répression policière et met en lumière la tension croissante entre la jeunesse et les autorités sous le gouvernement de Jacques Chirac. L’émotion suscitée par la Malik Oussekine mort provoque une mobilisation nationale sans précédent, amène la démission d’un ministre et entraîne la dissolution d’une unité spéciale de police, les voltigeurs motocyclistes. Cet événement révélera également les fractures sociales et politiques profondes d’une société confrontée à la question de la violence d’État.

En plein mouvement étudiant contre la loi Devaquet, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, Malik Oussekine, 22 ans, est battu à mort par des policiers. Il est étudiant et avec des problèmes de santé, il est sous dialyse. Malik Oussekine se retrouve au milieu d’une manifestation contre le projet de loi Devaquet.

Le service d’ordre étudiant pour la manifestation du 4 décembre se renforce, car depuis le 26 novembre, une trentaine de militants d’extrême droite du Groupe union défense (GUD) ont attaqué une assemblée générale à l’université de Jussieu.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre, les voltigeurs interviennent après l’évacuation de la Sorbonne. Pour rappel, les voltigeurs ont été remis en service par Robert Pandraud, ministre délégué à la Sécurité auprès du ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua.

Ce sont des policiers montés à deux sur une moto tout-terrain. L’un conduit et l’autre est armé d’un « bidule », grande matraque de bois dur destinée à faire le vide au passage de la moto. Ils ont pour mission de « nettoyer » les rues après les manifestations en pourchassant les « casseurs ». Cette unité de police est dissoute à la suite de cette affaire.

Vers minuit, trois voltigeurs prennent en chasse Malik Oussekine, qui vient de sortir du club de jazz. Il croise Paul Bayzelon, 26 ans, fonctionnaire au ministère des Finances, qui rentre chez lui et lui ouvre la porte du hall pour le protéger.

Tous deux viennent d’entrer quand un des policiers parvient à se glisser à l’intérieur lui aussi et ouvre à ses deux collègues. Selon le témoignage de Paul Bayzelon, les trois policiers rouent de coups de pied et de matraque, dans le ventre et dans le dos, Malik Oussekine, tombé à terre.

Paul Bayzelon essaie de venir en aide au jeune, mais il reçoit, lui aussi, des coups de matraque. Il déclare que les policiers « se sont précipités sur le type réfugié au fond et l’ont frappé avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pied dans le ventre et dans le dos. »

Un autre témoin « décrira des taches de sang sur les murs et des éclats de verre des plaques de boîtes aux lettres brisées », tandis que le patron de l’hôtel Stella fait part de policiers « dans un état incroyable [...] hurlant des ordres comme à la guerre ».

Selon Christopher Hawkins, qui a tout vu depuis sa chambre de l’hôtel Saint-Paul, les policiers « l’ont projeté à plusieurs mètres et il s’est à nouveau réfugié dans le même immeuble ».

La victime est décédée dès minuit dans le hall de l’immeuble, révèle quatre jours plus tard le rapport du médecin régulateur du SAMU. Selon les médecins, l’étudiant souffrait d’une insuffisance rénale qui induisait une certaine faiblesse physique. Cette information sera divulguée par l’avocat de la famille de Malik Oussekine.

Dès le lendemain, en début d’après-midi, le samedi, une marche silencieuse et pacifique traverse Paris, organisée par le « comité de grève de Dauphine », en mémoire de Malik Oussekine.

Ce même samedi 6 décembre, Alain Devaquet, choqué par la violence policière, démissionne. Deux jours après, le projet de loi Devaquet est retiré.

Le dimanche au petit matin, la Coordination nationale étudiante, réunie à l’université de Jussieu, s’est mise d’accord pour une journée de deuil le lundi et une grève générale le mercredi 10 décembre.

La CGT se joint à cet appel le dimanche à la mi-journée. La FEN et la CFDT font de même peu après. Des manifestations s’improvisent dans plusieurs villes de France.

Tous les syndicats de salariés participent aux marches silencieuses, qui sont finalement organisées à la mémoire de Malik Oussekine mais aussi d’Abdel Benyahia, un Algérien de 20 ans tué par un policier ivre dans un café le 5 décembre. Une manifestation a lieu à Paris contre les violences policières à la suite de la mort de Malik Oussekine et d’Abdel Benyahia.

Peu après, le bataillon des voltigeurs motocyclistes de la police est dissous. Le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua et le ministre délégué chargé de la Sécurité Robert Pandraud suscitent alors une controverse en ne condamnant pas l’action de la police.

Dans un entretien au journal Le Monde, Robert Pandraud déclare : « La mort d’un jeune homme est toujours regrettable, mais je suis père de famille, et si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con dans la nuit. »

La mort de Malik Oussekine a laissé des traces visibles en politique ainsi que dans les rangs de la police, et Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur au moment des faits, ira même jusqu’à dire que les choix de Jacques Chirac et de son gouvernement dans cette affaire lui ont coûté l’élection présidentielle en 1988.

Le brigadier-chef Jean Schmitt, 53 ans, et le gardien de la paix Christophe Garcia, 23 ans, les deux voltigeurs directement impliqués dans sa mort, sont jugés en cour d’assises pour « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Ils sont condamnés le 27 janvier 1990 à une peine symbolique à cinq et deux ans de prison avec sursis.

Les deux policiers échappent donc à la prison, alors même qu’ils étaient restés libres durant les trois années qui avaient précédé le procès.

« Après la parodie de procès [...], je me suis rendu compte que, dans ce pays qui est le mien, où je suis née, je serai toujours une citoyenne de deuxième zone », déclare bien plus tard la sœur de la victime.

La mort de Malik Oussekine demeure un tournant majeur dans l’histoire contemporaine française. Elle a suscité une prise de conscience collective sur la brutalité policière et la nécessité d’un contrôle démocratique accru des forces de l’ordre. Bien que les condamnations prononcées aient été jugées dérisoires par la famille et par une grande partie de l’opinion publique, cette affaire a ouvert un débat de fond sur la responsabilité de l’État et sur la valeur de chaque vie face à l’institution policière. Au-delà du drame humain, le nom de Malik Oussekine reste aujourd’hui encore un symbole de la lutte contre les abus policiers et pour l’égalité devant la loi.

Mise à jour :vendredi 23 janvier 2026
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