Crimes racistes

Habib Grimzi

Habib Grimzi 26 ans assassiné par 3 candidats à la légion étrangère sous le regard complice de 95 passagers.

L’assassinat d’Habib Grimzi, un jeune Algérien de 26 ans, le 14 novembre 1983, constitue l’un des crimes racistes les plus emblématiques de la France du début des années 1980. Cette période était marquée par une recrudescence des violences à caractère xénophobe et par une montée de l’extrême droite dans le discours public. Dans le même temps, un mouvement inédit voyait le jour la Marche pour l’égalité et contre le racisme, initiée par des jeunes issus de l’immigration de la banlieue lyonnaise.

C’est donc dans ce climat de tensions sociales et de revendications pacifiques que le meurtre de Grimzi intervient, amplifiant brutalement la prise de conscience de l’ampleur du racisme en France.

Habib Grimzi, en voyage vers l’Algérie après avoir rendu visite à une amie à Bordeaux, prend le train de nuit Bordeaux-Vintimille. Trois jeunes aspirants à la Légion étrangère, Anselmo Elviro-Vidal, 26 ans, Marc Béani, 20 ans, et Xavier Blondel, 24 ans, montent à bord, déjà fortement alcoolisés. Ces hommes, imprégnés de discours nationalistes et racistes, repèrent rapidement Habib Grimzi.

Ils le harcèlent puis l’agressent violemment devant 95 passagers. Malgré les appels du contrôleur Vincent Pérez, qui tente désespérément de protéger la victime, personne n’intervient pour arrêter la violence. Habib Grimzi est finalement roué de coups, poignardé, puis jeté vivant du train, son corps retrouvant le lendemain sur les voies près de Castelsarrasin dans le Tarn-et-Garonne.

L’inaction collective des autres passagers est devenue un symbole glaçant de l’indifférence face au racisme, autant que du poids de la lâcheté sociale.

Le procès en janvier 1986 à Montauban, attire une large attention médiatique. Les trois accusés affirment ne pas avoir eu conscience de la gravité de leurs actes, invoquant l’alcool et un “dérapage”. Leur défense n’atténue en rien l’indignation du public.

Anselmo Elviro-Vidal et Marc Béani sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, Xavier Blondel bénéficie de circonstances atténuantes et reçoit 14 ans de prison. Lors de son nouveau procès en 1987, Marc Béani est condamné à 20 ans de réclusion, avant d’être tué en prison par d’autres détenus.

Le fait qu’aucun passager n’ait été poursuivi pour non-assistance à personne en danger choque l’opinion et soulève un débat profond sur la responsabilité morale des témoins. Ce silence collectif est souvent interprété comme le reflet d’une société aux préjugés racistes.

Ce crime provoque une onde de choc pendant la Marche pour l’égalité et contre le racisme. Jusque-là peu médiatisée, celle-ci gagne soudain en visibilité et devient un mouvement national contre le racisme et pour la dignité des immigrés.

La marche se conclut à Paris par une manifestation réunissant plus de 100 000 personnes le 3 décembre 1983, un événement fondateur dans l’histoire des luttes de l’immigration.

L’expression publique d’émotion et de colère conduit aussi à un changement de ton politique et médiatique pour la première fois, la France se confronte massivement à la réalité des violences racistes et à l’indifférence institutionnelle qui les entoure.

La mémoire d’Habib Grimzi s’est inscrite durablement dans la culture, la littérature et le cinéma.

Parmi les œuvres inspirées par ce drame, “Train d’enfer” (1985), film de Roger Hanin librement inspiré de l’affaire. “Point kilométrique 190” d’Ahmed Kalouaz et “Bordeaux-Vintimille” de Jean-Baptiste Harang, qui explorent la violence du crime et l’indifférence sociale. Des chansons engagées, comme “Habib Grimzi” du groupe punk Nuclear Device, ou “Jacky” de Charlélie Couture. Enfin, le film “La Marche” (2013) de Nabil Ben Yadir évoque directement le contexte de cette époque et rappelle combien la mort de Grimzi a renforcé la portée symbolique de ce mouvement.

Une plaque commémorative à la gare de Castelsarrasin rend aujourd’hui hommage à ce jeune homme, Habib Grimzi, victime de la haine raciale mais devenu symbole d’une lutte pour l’égalité et la dignité humaine.

Train d’enfer

Train d’Enfer est un film français tiré d’une histoire vraie. Un soir de bal dans une petite ville, une bagarre éclate dans un climat teinté de racisme. Trois des meneurs se retrouvent au poste de police. Le lendemain, le 14 novembre 1983, dans le train Bordeaux-Vintimille, les trois hommes candidats à l’engagement à la Légion étrangère, rouent de coups Habib Grimzi, un algérien de 26 ans avant de le défenestrer. Une jeune femme, témoin du meurtre, alerte la police. L’enquête commence dans un climat de tension extrême. En ville, les provocations et les agressions se multiplient…

Mise à jour :vendredi 23 janvier 2026
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